17/12/14

Diagnostic de fertilité au quotidien

De nombreux couples consultent leur médecin gynécologue pour une prise en charge diagnostique et thérapeutique de leur fertilité. Le rôle du biologiste dans le diagnostic et le suivi est primordial pour optimiser les chances de grossesse. Le Dr Martine Cohen-Bacrie, Directeur Général du Laboratoire Eylau Unilabs à Paris, revient pour nous sur le cas d'un de ces couples.

Présentation du cas

Après deux ans de vie commune, M et Mme T. consultent le Docteur M., gynécologue, en l'absence de grossesse spontanée.
La patiente est une enseignante de 38 ans  sans enfant, a des antécédents de dysménorrhée, des cycles irréguliers et une perte de poids récente inexpliquée. Elle est fumeuse et boit du café. L'homme a 40 ans, il est chef cuisinier, sportif, fumeur et présente un alcoolisme modéré en rapport avec sa profession. Il a un enfant de 6 ans d'une précédente union.

La patiente :

Un premier bilan hormonal est réalisé avant le cinquième jour du cycle : FSH, LH, oestradiol, progestérone, prolactine, TSH et AMH. Ces dosages hormonaux permettent de vérifier le fonctionnement de l'axe hypothalamo-hypophysaire ovarien, et d'évaluer la réserve ovarienne pour éliminer un début d'insuffisance ovarienne, un SOPK, ou une perturbation de la thyroïde.
Une échographie ovarienne en début de cycle est également réalisée afin d'observer et quantifier le nombre de follicules pré-antraux et antraux (compte folliculaire antral).
L'échographie de l'utérus et des trompes ne révèle par ailleurs aucune anomalie.
Le bilan hormonal de la patiente est normal sauf pour le dosage de TSH très bas, en faveur d'une hyperthyroïdie qui sera confirmée par les dosages de T3 et T4 augmentés. Cette hyperthyroïdie sera par la suite prise en charge et traitée.

Le patient :

Un spermogramme et un spermocytogramme sont réalisés, accompagnés d'un test de fragmentation de l'ADN spermatique et de décondensation de chromatine spermatique, compte tenu du contexte personnel.
Ces test révèlent une obligo-asthéno-teratozoospermie (OAT) ce qui signifie qu'il y a peu de spermatozoïdes, qu'ils sont peu mobiles et un nombre de formes atypiques élévé. Le test de fragmentation de l'ADN est supérieur à 30 ne correspondant pas à un sperme altéré.
De plus l'homme présente des varicocêles bilatérales testiculaires. Son bilan hormonal (FSH, testostérone, Inhibine B) est normal.
La patient suit un traitement antioxydant pendant trois mois et diminue sa consommation d'alcool et de tabac.

Second bilan

Malgré leur traitement respectifs, la patiente n'est toujours pas enceinte au bout de 6 mois.
Un nouvea bilan hormonal en particulier thyroïdien est réalisé. Il ne présente cette fois aucune valeur anormal. Le taux d'AMH est stable.

Le patient :

Le bilan spermiologique répété montre une dégradation des paramètres spermatiques bien que le taux de fragmentation de l'ADN soit passé de 30 à 20%. L'indication d'insémination intra-utérine après stimulation ovarienne est retenue.
Une grossesse est obtenue, mais la patiente fait une fausse couche précoce, probablement à cause de la mauvaise qualité des spermatozoïdes. Après 2 autres tentatives d'insémination infructueuses, il est proposé réaliser une FIV avec injection intra-cytoplasmique des spermatozoïdes.
Une nouvelle grossesse est obtenue et la patiente accouchera à l'issue des neuf mois de grossesse, d'un bébé en bonne santé.