19/12/14

Suivi de grossesse, Place de la biologie

Un large panel de tests biologiques est mis en place pour prévenir les risques liés à la grossesse. Le Professeur Franck Perrotin, gynécologue obstétricien au Centre Olympe de Gouges, à Tours, nous rappelle les points clefs de ces neuf mois de suivi et nous donne son avis d'expert sur la prévention et la gestion des grossesses à risques.

Un suivi bien encadré

Pour les grossesses normales ou à bas risque, le suivi est encadré par des recommandations très strictes de la HAS. Une consultation par mois est prévue, la première se situant aux alentours de 10 semaines d'aménorrhée (SA). Un premier bilan sérologique très complet est alors réalisé, qui comprend la toxoplasmose dont la sérologie est refaite tous les mois si elle est négative, la rubéole testée à nouveau à 16 SA car elle présente un risque pour le foetus au premier trimestre, la syphilis avec deux test obligatoires, un test non tréponème spécifique VDRL et un test tréponème spécifique tel que le TPHA, pour éviter les faux positifs, la détermination du groupe sanguin et une recherche d'agglutinines irrégulières systématique.
 
La protéinurie et la glycosurie sont vérifiées à chaque consultation.
 
En fonction des facteurs de risques, d'autres examens peuvent être prescrits par le gynécologue. Un examen cytobactériologique urinaire en cas d'infections fréquentes, un dosage de la TSH, une numération- formule sanguine voire un dosage de ferritine.
 
Le dépistage du diabète gestotionnel est préconisé chez les femmes à risque, c'est à dire qui ont plus de 35 ans, un IMC supérieur à 25, des antécédents du premier degré de diabète, qui ont déjà fait un diabète gestationnel ou qui ont donné naissance à u bébé macrosome. Chez les femmes qui côtoient des enfants en bas âge, le dépistage du CMV peut être prescrit. Il l'est en France chez la moitié des femmes enceintes.
 
Chez les personnes à risques, la recherche de l'antigène HBs est effectuée et renouvelée à 6 mois sauf si la patiente est vaccinée et antigène HBs négative. Si la patiente est HBs positive, des gamma-globulines spécifiques  sont administrées à l'enfant au moment de la naissance.
 
Deux types d'examens sont obligatoires juste avant l'accouchemnt : l'analyse de la coagulation avec dosage du fibrinogène (un taux bas étant associé à un risque d'hémoragie à l'accouchement plus élevés) et la recherche d'agglutinines irrégulières en cas de besoin transfusionnel.

Avis d'expert : la prééclampsie

"La préécalmpsie est hypertension artérielle qui survient pendant la seconde partie de la grossesse chez des femmes non hypertendues jusque-là. Elle est le symptôme d'un placenta qui ne joue pas ou plus son rôle de façon satisfaisante. Il devient alors incapable d'assurer ses fonctions d'échange entre la circulation maternelle et la circulation foetale et il libère des substances qui entraînent une hypertension artérielle, une protéinurie et qui vont aboutir à des complications sévères et gravissimes chez la mère. C'est une des causes principales de mortalité périnatale. La seule solution thérapeutique est d'arrêter la grossesse et d'enlever le placenta.
 
On peut se contenter de faire un diagnostic en prenant la tension régulièrement et en évaluant les symptômes mais l'évolution de cette maladie peut être très rapide et la sensibilité de l'évaluation basée sur les symptômes est de moins de 50%.
Un depistage précoce de la maladie, grâce au dosage du PLGF, permet d'adapter la surveillance chez les patientes à risque et d'envisager la possibilité d'un traitement préventif. Le seul réellement évalué aujourd'hui est l'aspirine à faible dose. C'est ce qui est fait pour les patientes ayant déjà développé une prééclampsie.
 
Ce qui est également très intéressant est de faire du diagnostic précoce grâce aux dosages du SFLT1 et PLGF ave le kit Roche. Comme ils offrent une très bonne spécificité, en fonction du terme de la patiente, on peut la transférer suffisamment tôt vers une maternité capable de la prendre en charge. Pour l'instant, ces tests ne sont ni recommandés, ni remboursés mais je pense que cela va évoluer car c'est un vrai problème de santé publique et ces tests devraient permettre une véritable amélioration de la prise en charge de ces grossesses."

Pr PERROTTIN